Quand la singularité ossaloise ébrèche l’unité du Pays de Béarn
La vallée d’Ossau a ses spécificités. Et son caractère. Le Pays de Béarn a pu récemment le constater.

© Archives Antonin Nicol
Par Pierre-Olivier Julien, publié le .

La volonté de faire du Pays de Béarn la structure porteuse des programmes Leader (fonds européens) a été mal accueillie en vallée d’Ossau. Premier accroc pour le pôle métropolitain.

« L’Aussalès non a de meste que l’Aussau… e tu, non y as nada part, mossu lo maire de Pau ! » (1) Le trait, en béarnais, remonte à 2015, dans un courrier du maire de Louvie-Soubiron Gérard Sarrailh au maire de Pau François Bayrou. Il ponctue alors une polémique entre les deux élus, le premier dénonçant l’ingérence du second pour un problème purement municipal à Louvie-Soubiron.

Quatre ans plus tard cependant, la question de la souveraineté semble toujours aussi délicate entre la capitale paloise et la vallée ossaloise. Et c’est ici le tout jeune Pays de Béarn qui en a fait l’(amère) expérience. Au cœur de la discorde, allumée par le même Gérard Sarrailh, l’avenir des GAL (groupes d’action locale) en Béarn et surtout des fonds européens Leader qu’ils gèrent.

Ceux de Lacq-Orthez-Béarn des Gaves et du Grand Pau ont accepté de passer la main au pôle métropolitain (vote du 4 mars 2019). « Ils ont répondu à l’enjeu de mutualisation que les présidents d’intercommunalités avaient partagé à travers la question des politiques contractuelles » explique-t-on du côté du Pays de Béarn. Important alors pour la nouvelle structure qui naissait, surtout en terme d’ingénierie, du rapprochement « proposé » des équipes des Pays ou ex-Pays. « L’idée était aussi de s’unir pour être plus performants sur la gestion des fonds européens  » ajoute-t-on en coulisses.

Sauf que, dans ces mêmes coulisses, une voix a vite tonné. Celle de Gérard Sarrailh, en tant que président du GAL d’Oloron-Haut-Béarn. Pas question pour l’élu que ces fonds européens, « qu’on est allé se chercher », 1,1 million pour 2014–2020 ne finissent dans les caisses du Pays de Béarn, « une coquille vide financièrement, qui a besoin d’argent et de beaucoup d’ingénierie. Je crains que les fonds servent à alimenter davantage une gouvernance que des actions » nous confiait-il ce mercredi. Un point de vue qu’il avait déjà pu exprimer dès février dernier, « au cours d’une réunion houleuse » nous souffle-t-on.

Par conséquent, même volontaires dans la démarche métropolitaine, les présidents de la Vallée d’Ossau et du Haut-Béarn, Jean-Paul Casaubon et Daniel Lacrampe, avaient mis leur veto au transfert. «  J’ai toujours voulu que la gestion de ces fonds reste à notre échelle. Et c’est le cas jusqu’à ce jour » nous souligne d’ailleurs Jean-Paul Casaubon.

Sauf qu’une délibération au dernier conseil communautaire de la CCVO, à propos de délégation d’actions reconnues d’intérêt métropolitain, a comme de façon épidermique alerté Gérard Sarrailh (notre édition du 28 septembre). « En séance, nous avons voté un canevas, un cadre général qui pourra permettre ce transfert de compétences pour les fonds Leader » ne démordait toujours pas ce mercredi l’Ossalois.

Ce dernier assure avoir soutenu la création du Pays de Béarn. « Mais là, je suis refroidi. On donnerait deux emplois (les deux techniciens payés par ces fonds, NDLR), en cotisant en plus… Et qui peut croire qu’on aura le même service au bout » ajoute-t-il en rappelant que la vallée s’est battue pour ne pas intégrer une grande interco, « ce n’est pas pour intégrer une nouvelle strate territoriale ». Il dénonce donc un « grand flou », et appelle encore le président Casaubon à faire une « déclaration claire ».

Changement après 2020 ?

Interrogé, ce dernier parle de « non-événement » et de « confusion » de son collègue avec une demande de subventions européennes du pôle, « qui n’a rien à voir avec les fonds Leader ». Mais le président de concéder que « s’il faut une motion claire, on peut la faire. Sauf que cela n’engagera que ceux qui sont élus aujourd’hui ». Comprendre que les lignes politiques bougeront peut-être avec les municipales 2020.

Mais du côté du Pays de Béarn, on fait aussi comprendre que la Région, qui lancera la programmation Leader suivante, n’aura peut-être pas les mêmes latitudes à accéder aux demandes des territoires, pour des GAL isolés. La collectivité l’a en tout cas indiqué récemment à Oloron, en prenant l’exemple de sa voisine Occitanie. Mais la Région pourra aussi considérer que ces zones montagneuses demeurent des espaces particuliers. Reste que l’approche fédéraliste du Pays de Béarn a connu ici un premier accroc. « Tant que Pau sera vue comme la colonisatrice, on n’aura pas gagné la partie » résume un proche du dossier.

(1) « L’Ossalois n’a de maître que le pic du midi d’Ossau et toi, tu n’y possèdes rien, monsieur le maire de Pau »

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