Les lignes régionales sont en question en Aragon après presque 27 millions versés en 6 ans

Juin 21, 2021 | Ferroviaire, Presse espagnole

EL PERIÓDICO DE ARAGÓN

D. López

ZARAGOZA

19·06·21

Toujours les mêmes problèmes de gros sous. C’est la seule explication de toute la polémique qui a éclaté entre le Gouvernement d’Aragón et Renfe, et au final avec le Ministère des Transports que dirige le socialiste José Luis Ábalos, à dix jours de commencer à perdre des services. Ce n’est pas la première fois que la Région se rebiffe et annonce à la compagnie Renfe qu’elle va cesser de payer pour les services qu’elle subventionne, mais ce serait la première fois que la conséquence directe sera la suppression de ces trains dès le 1er juillet. Et cela après que la région ait déboursé 26.935.907,60 euros entre 2013 et 2019. A quoi s’ajoute l’intervention du  covid en 2020, et la baisse de la fréquentation du fait des confinements et de la réduction de l’offre par sécurité, dont l’impact n’est pas encore évalué.

Les lignes Zaragoza-Monzón-Lérida, Caspe-Fayón, Teruel-Caudiel et Huesca-Jaca sont sur le fil et, si personne n’y porte remède, sur le point de dérailler dans une négociation politique en panne. C’est peut-être la crise la plus importante subie par les lignes régionales et beaucoup des communes concernées  sont appelées à protester. Le ministre régional de l’Aménagement du Territoire, José Luis Soro, de CHA, malgré ses divergences avec ses partenaires de coalition comme le PAR ou le PSOE au sein du Gouvernement d’Aragón a affirmé qu’il cessera de payer à Renfe le 1er juillet. Et la compagnie publique, qui exerce sa prestation de services à ses clients comme n’importe quelle entreprise privée, a répondu que si elle n’est pas payée, les trains seront suspendus.

Il reste dix jours pour décider de l’avenir de certains trains qui, comme toujours, seront difficiles à rétablir, et l’Aragón est bien placé pour le savoir. Mais le contrat court depuis 2013, lorsque le ministère a défini les services d’Obligation de Service Public (OSP), et celui-ci a depuis plusieurs fois serré la vis. Ces presque 27 millions d’euros représentent plus de quatre millions par an : 4,07 en 2019, 4,15 en 2018, 4,32 en 2016, 4,13 en 2015 et 5,93 de juillet 2013 à décembre 2014.

Mais le coût à peu près constant concerne  des kilomètres subventionnés réduits à la moitié, de 441.809 en 2016 à 230.183 en 2019, sans que le coût effectif du service ait à peine varié : 4,68 millions il y a cinq ans et 4,27 il y a deux ans. Avec cette diminution, la fréquentation a aussi baissé, de 74.403 voyageurs en 2016 à 34.198 en 2019, entrainant une baisse des recettes : de 366.571,06 euros à seulement 193.113,93 au cours du dernier exercice non perturbé par la pandémie de covid.

Mais loin de la froide statistique, ce qui enflamme la discussion n’est pas le fait que la subvention au transport dépasse de loin 95% de son coût réel, mais que des décisions étrangères à ces considérations se répercutent sur la facture régionale. Par exemple, la plus importante est l’application de la redevance que l’opérateur ferroviaire s’est vu imposer en 2017 par le gestionnaire des infrastructures Adif, pour l’usage des voies. C’est presque 40% de hausse (4% en 2016 et 32% en 2017) ce qui s’est traduit au final par un doublement du coût au kilomètre, de 10,61 euros en 2016 à 18,55 aujourd’hui ; le montant de la subvention par kilomètre est passé de 9,78 euros à 17,71 ; et l’aide par passager de 58,09 euros à 119,22.

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On sait depuis longtemps que le bus revient moins cher que le train, mais on ne comprend pas que Renfe soutienne la grande vitesse à bas coût (l’Avlo démarre le 23 juin) alors qu’elle renvoie les usagers vers l’autobus. Il reste dix jours pour se faire entendre sur les quais, au gouvernement d’Aragon et au ministère, car seule une décision politique peut résoudre le problème, qui résulte d’un contrat de 2013 pour dix ans, qui viendra donc bientôt à échéance (mais il prévoyait d’être prorogé pour 5 ans supplémentaires). Et on commence à parler au niveau national de faire suivre au marché des lignes régionales le même chemin de libéralisation que la grande vitesse. Une éventualité qui ressemble davantage à une condamnation qu’à une opportunité pour l’Aragón.

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