HERALDO DE ARAGON

Rubén Darío Núñez

Huesca

24/02/201

Le tunnel du Somport (N-330) fête ses 16 ans depuis son inauguration en 2003, après un investissement de 254 millions d’euros, en battant son record historique de trafic avec plus d’un demi-million de véhicules comptabilisés en 2018, ce qui fait une moyenne journalière de 1.403 (le record précédent était de 1.179, atteint la première année). Cependant, le volume de circulation qui choisit ce passage frontalier aragonais reste résiduel en comparaison avec les deux principaux de Catalogne (La Junquera) et du Pays Basque (Irún), atteignant à peine 5% après presque deux décennies.

Ces 1.403 véhicules journaliers représentent une hausse de presque 70% par rapport à 2017, qui a été à l’inverse la seconde plus mauvaise année pour le Somport puisque le tunnel international n’avait été franchi que par une moyenne de 835. Au cours des dix années antérieures, les chiffres avaient  oscillé entre 976 et 1.170 véhicules.

La Direction Provinciale du Trafic attribue ce redressement principalement à la fermeture des routes voisines par suite d’éboulements ou d’avalanches. Une autre des raisons invoquées est la taxe imposée en 2018 sur les routes de Guipúzcoa aux PL « car ce surcoût amène les usagers à utiliser les plus proches ». Enfin, elle pense que l’amélioration du col de Monrepós, bien qu’encore en chantier, attire plus de trafic.

Selon les statistiques du Ministère de Fomento, sur les 26 routes qui traversent la frontière hispano-française, le passage qui attire le plus grand volume de circulation est celui de La Junquera (AP-7) avec 34.374 véhicules/jour en 2018, son meilleur chiffre historique. Irun (AP-8) a également battu son record en 2017 (dernier chiffre officiel publié par la Diputación Foral de Guipúzcoa) un total de 25.596 véhicules. En troisième position arrive le passage de Puigcerdá (N-152) avec 7.152, et en quatrième le tunnel de Viella (N-230) avec 1.893. Le Somport se situe en cinquième position.

Il y a trois autres passages frontaliers en Aragon. Le col du Somport (N-330a) a comptabilisé une moyenne de 327 véhicules/jour, en baisse de 11% sur 2017. Le réseau régional comporte également le Pourtalet (A-136), qui a atteint 936, également en baisse de 9,5% (il est resté fermé 14 jours, trois de moins qu’en 2017, en raison de risque d’avalanches); et le tunnel de Bielsa (A-138), qui a atteint les 949. Dans ce dernier cas, le trafic a augmenté de 3%, malgré la fermeture 12 jours ouvrés en horaire nocturne, quatre de plus qu’en 2017.

Quant au transport de marchandises, La Junquera et Irún dépassent les 10.000 camions/jour. Le passage catalan a atteint l’an dernier 11.668 (34% du total de véhicules), tandis que le basque atteignait en 2017 les 10.494 (41%). Dans ce palmarès, le tunnel du Somport occupe la troisième place avec 364 PL/jour soit 26% du total. Le tunnel de Viella atteint à peine 8% (154) et Puigcerdá n’est qu’à 1% (78).

Sur les trois autres passages aragonais, le volume de transport de marchandises est également très faible. Le tunnel de Bielsa a comptabilisé une moyenne de 64 camions/jour (6,3%) –plus 66 caravanes– ; le col du Somport a enregistré 17 PL/jour (5%); et le Pourtalet seulement 9 (0,96%).

Le tunnel du Somport a aussi subi les rigueurs de l’hiver cette saison, en particulier lors de la dernière tempête, avec plusieurs jours de fermeture au trafic, en raison du risque d’avalanches  côté français. Une étude élaborée par le gouvernement d’Aragon lors d’une fermeture de plusieurs semaines suite à un éboulement chiffre l’impact à 105.000 euros/jour. Un chiffré qui inclut les surcoûts résultant du temps perdu par les voyageurs pour chercher des alternatives, les coûts de maintenance des infrastructures et des routes, le tourisme, le commerce de détail, les stations de ski, et les délocalisations d’activités.

Pour Santiago López-Montenegro, président de l’Association patronale des Transports de marchandises à la demande d’Aragon (Tradime), le tunnel du Somport n’est pas satisfaisant pour le trafic de PL « car on a fait un investissement important côté espagnol, même si les autovias ne sont pas terminées, mais côté français, les conditions restent très médiocres ». D’où l’énorme différence avec les deux passages de Catalogne et du Pays Basque, « de sorte qu’il serait intéressant d’ouvrir cette Traversée Centrale des Pyrénées que nous réclamons depuis très longtemps et qui nous relierait à la France de façon plus rapide et directe.

López Montenegro pense que la fin des chantiers du col de Monrepós –prévue pour le printemps- pourrait contribuer à augmenter le trafic au tunnel. Mais il insiste sur le fait que le problème principal reste le versant français qui n’est pas adapté au transport de marchandises « et je crois que les entreprises françaises  du secteur font pression pour que des améliorations soient réalisées ».

Devant cette situation, les entreprises aragonaises choisissent majoritairement les passages frontaliers de Catalogne et du Pays Basque, « surtout pour les marchandises qui vont au-delà d’un rayon de 150 ou 200 kilomètres ». Un détour qui entraîne d’importants surcoûts.

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