PERIODICO DE ARAGON
R. BARCELÓ
08/01/2019
S’il y a un secteur qui a été détruit par la crise économique, c’est bien le bâtiment. Depuis lors, plus rien n’est pareil. Les dépôts de bilan ont cédé la place aux liquidations de bon nombre d’entreprises qui, quelques années plus tôt, se frottaient les mains à l’expectative de juteux bénéfices. Beaucoup ont disparu, et les inscriptions à la Sécurité Sociale se sont effondrées en Aragon jusqu’à 29.414 employés en 2014. Sept années seulement plus tôt, ils étaient 74.704. On a donc perdu plus de 45.000 emplois.
Cependant, dès 2015, le malade, que d’aucuns pensaient atteint d’une maladie chronique, a commencé à récupérer et à donner des signes de stabilisation. La construction a terminé 2018 comme un des secteurs les plus dynamiques de l’économie aragonaise. De janvier à septembre de l’an passé, les permis de construire ont augmenté de presque 19% par rapport à 2017, selon les données du Ministère de Fomento.
La résurrection du secteur est telle que le nombre de travailleurs attachés au bâtiment dans la Communauté Autonome a augmenté de 8,1% l’an dernier (à fin novembre). En d’autres termes, l’Aragon a aujourd’hui 35.608 inscrits, presque 6.200 de plus que quatre ans auparavant, dont 23.690 sont salariés et 11.918 au régime d’autoentrepreneurs.
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Les dégâts provoqués par la crise ne se limitent pas à des milliers de licenciements et des fermetures. L’effondrement du secteur a entrainé des conséquences à long terme, la plus visible étant le manque de professionnels. Si en 2008 les salariés étaient 53.820, ils sont aujourd’hui 30.000 de moins. Et les entreprises ne trouvent pas de personnel pour remplacer les postes vacants.
Les salariés d’avant la crise ont été licenciés et se sont vus obligés de se réorienter. Beaucoup ont trouvé un emploi dans l’industrie et ne veulent plus entendre parler de retourner sur les échafaudages. La mauvaise réputation acquise ces dernières années par cette activité fait que très peu de jeunes envisagent d’y venir. De plus, les entreprises qui ont réussi à survivre ont dû se réinventer et recherchent aujourd’hui des profils qualifiés.
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Sur les 4.224 chômeurs aragonais de ce secteur au mois de décembre, 80% avaient un niveau de formation scolaire jugé «insuffisant» et seulement 6% avaient une formation à l’emploi.
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«Aujourd’hui nous cherchons des personnes qui aient une qualification minimum, qui soient formées à la gestion des déchets, à l’informatique, à l’environnement, qui aient des connaissances en informatique et qui soient polyvalentes». Mais les aspirations du marché du travail ne trouvent pas satisfaction dans le système éducatif. «Il faudra remplacer le grand nombre de travailleurs qualifiés qui vont partir en retraite d’ici à 2020, et qui représentent plus des deux tiers des emplois dans le bâtiment», s’alarme le gérant de la Fondation du travail de la Construction. Les plus de 40 ans n’ont cessé de croitre jusqu’à atteindre 65% en 2017. Tandis que les moins de 40 ans sont 35%, contre 59% en 2008. La relève générationnelle va être le principal problème de la construction en Aragon.
La Fondation du travail de la Construction souligne que la formation et la qualification sont les meilleures garanties de compétitivité pour les entreprises et pour l’amélioration des conditions de travail, deux questions considérées comme essentielles pour que la construction soit pleinement réhabilitée.

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