L’avenir des infrastructures en Aragon

Juil 16, 2023 | Ferroviaire, Presse espagnole, Relations transfrontalières, Routier

PERIODICO DE ARAGON

Colegio de Ingenieros, Canales y Puertos
(Collège des Ingénieurs des Ponts et Chaussées, NdT)

Saragosse | 15·07·23

Certains courants considèrent que le transport de marchandises par fer ou par bateau est plus efficient, tout comme pour les passagers ou la messagerie. Mais la réalité est que la route est beaucoup plus perméable sur le territoire car sa construction et son exploitation sont plus viables et moins couteuses.

Il serait plus logique de promouvoir un autre type de développement qui tende à réduire la demande de mobilité sans limite, peut-être même de réduire le développement lui-même ou la croissance. Nous sommes face à une certaine contradiction entre le soutien à des moyens plus doux, mais lents comme la bicyclette ou la marche face au TGV. D’un côté, on encourage la consommation de proximité, on cherche à réduire le besoin de transport et la demande énergétique correspondante, mais on ne remet pas en cause une demande débridée qui a entrainé un développement de la logistique à des niveaux insoupçonnés pour livrer à domicile en quelques heures tous les produits imaginables.

Quant à l’environnement, la règle des 5R, (Refuser, Réduire, Réutiliser, Réparer et Recycler) n’a pas toujours été systématiquement appliquée à nos routes, même si des efforts sont faits dans ce sens.

Et que dire de la numérisation ? La nécessité d’analyser des masses de données (Big Data), la sensorisation des éléments, l’incorporation d’outils utilisés depuis longtemps comme les réseaux neuronaux ou autres méthodes qui constituent l’IA, qui font aujourd’hui fureur, devraient être appliqués aux routes sans délai. Comment s’y prendre ? C’est la grande question. Tous ces outils, sans connaissances de base, sont véritablement dangereux.

 

Routes intelligentes

Dans un autre ordre d’idées, il convient de souligner les énormes avantages qu’apportera la conduite autonome et tout ce qui touche la numérisation de la mobilité. On pourra tirer un meilleur parti de l’infrastructure et des véhicules ; on pourra rationaliser l’offre et la demande, et surtout la sécurité sera améliorée ainsi que l’efficience du transport.

Le transport routier de voyageurs et de marchandises reste donc essentiel pour le développement économique et social du pays. Dans un contexte de changement climatique, de coût élevé de l’énergie, de rareté des matières premières et de vieillissement des infrastructures, on doit aller vers un transport routier plus efficient et soutenable, ce qui revient à optimiser l’usage du sol et de la route elle-même pour des services et des installations de transport, et à faire que les véhicules, l’infrastructure et ses équipements soient plus efficients.

Dans ce cadre, sans perdre de vue les nouvelles tendances et la nécessité d’adapter notre réseau aux nouvelles technologies et à la demande sociale, il est nécessaire qu’au cours des prochaines années, non seulement nous terminions la réalisation des grands axes déjà en cours, les autovías A-21, A-22 et A-23 ainsi que la A-68, mais encore que nous lancions de nouveaux chantiers comme l’amélioration de l’accès à l’aéroport de Saragosse, la connexion de la A-23 avec la A-2 …

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Trains et marchandises

Pour ce qui est du transport ferroviaire, une stratégie à long terme exige d’ouvrir de nouveaux itinéraires. En 2005, la Communauté Européenne a approuvé l’axe 16 européen de transport, destiné à relier les ports d’Algésiras et Sines, au Portugal, au centre et au nord de l’Europe par une nouvelle Traversée Centrale des Pyrénées, en évitant les territoires déjà congestionnés, ce qu’on est en train de faire avec le Couloir Méditerranéen.

Ceux qui avancent des arguments contre l’axe 16 et soutiennent d’autres alternatives, sous-évaluent  les coûts d’expropriation des terrains déjà occupés par des activités humaines, les coûts d’extension d’infrastructures tout en les maintenant en service, les difficultés d’augmenter la part de marchandises transportées par fer sans nouvelles infrastructures non occupées par les voyageurs…. Ils oublient que les ports du sud de la péninsule (essentiellement Sines et Algésiras) peuvent et doivent accroitre la demande de transport de marchandises avec l’Europe. Il en est de même  pour les exportations agricoles et industrielles de l’ensemble de la péninsule.

Il est indiscutable que pour transporter des marchandises de Murcia, Alicante, Valence et Algésiras vers l’Europe sans goulots d’étranglement, il vaut mieux créer un troisième itinéraire central accessible depuis Sagunto, Saragosse ou Bilbao, plutôt que persister à passer par des itinéraires déjà saturés . On doit envisager de nouvelles infrastructures, telles que l’axe Sagunto- Saragosse-Atlantique et la Traversée Centrale des Pyrénées, destinés prioritairement au transport de marchandises, beaucoup plus efficientes à long terme, afin que le ferroviaire espagnol transporte 20% à 30% des marchandises qui voyagent entre l’Espagne et le reste de l’Europe, et non 4% comme aujourd’hui.

La Traversée Centrale des Pyrénées serait la continuation naturelle du couloir Sagunto-Teruel-Saragosse; ces axes ne sont pas en concurrence, mais complémentaires aux axes de grande vitesse atlantique et méditerranée, qui sont dédiés prioritairement au transport de voyageurs,… également approuvés dans ce même programme ferroviaire européen, et qui donneront toujours la priorité aux voyageurs sur les marchandises.

En conséquence nous considérons nécessaire de :

  • Moderniser en urgence l’itinéraire ferroviaire Sagunto-Teruel-Saragosse;
  • Disposer d’une seconde gare sur la ligne TGV aux abords de l’aéroport et établir un métro léger ou train de proximité Tudela-Utebo-Aéroport-Plaza- Saragosse-Miraflores;
  • Réintroduire dans les programmes européens l’axe 16, qui prévoyait une troisième liaison ferroviaire entre l’Espagne et l’Europe, réservée aux marchandises, sans prétentions de vitesse, mais d’une capacité de 8 millions de Teus par an entre la Péninsule Ibérique et le reste de l’Europe;
  • Entrer en compétition avec cet axe 16 avec l’Italie et les pays du centre de l’Europe, pour que l’Espagne devienne hub logistique reliant l’Europe et la mer Méditerranée et concurrencer les ports européens;
  • Offrir des couloirs de voyageurs sans interférences avec les marchandises sur les axes méditerranéen et atlantique.

Il est prévu en cette année 2023 une réunion des axes européens d’intérêt préférentiel. Ne mettons pas des bâtons dans les roues de cette infrastructure spécialisée destinée à faire que le transport de marchandises par fer d’Espagne vers l’Europe sorte de son misérable 4% et aille vers des valeurs similaires à ce qu’elles sont ailleurs en Europe.

Au niveau des communications aériennes, on doit faire de Saragosse le plus important centre logistique du Nord-Est de la Péninsule, afin de disposer d’une offre aérienne internationale de grande qualité en accompagnement du développement du ferroviaire.

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