EL PERIÓDICO DE ARAGÓN

Edito

10·05·21

Avec quelques mois de retard à cause de la pandémie, la libéralisation du secteur ferroviaire entre dans les faits ce lundi en Espagne : les trains de la française Ouigo (SNCF) inaugurent le trajet TGV Madrid – Barcelone. Pour la première fois, des convois étrangers à la Renfe circulent sur les voies à grande vitesse espagnoles, avec une offre à bas coût qui se veut disruptive sur un marché qui était jusqu’à présent majoritairement pour les voyages d’affaires. Plus de trains, plus de voyageurs, plus de concurrence. Le changement s’annonce profond, et ce n’est encore que le premier pas. L’Union Européenne veut un marché ferroviaire unique, et après l’actuelle libéralisation du transport de passagers à grande vitesse, la moyenne distance et les lignes de proximité devraient suivre à partir de 2023. A écouter les déclarations des différentes administrations et compagnies impliquées, au sujet des bénéfices qu’apporte la libéralisation du train, il est inévitable de se demander comment on a pu attendre 80 ans pour mettre fin au monopole de Renfe, et qu’il ait fallu en recevoir l’ordre de l’Europe. Le retard – non imputable cette fois à la pandémie– est considérable, surtout en comparaison avec  d’autres pays de l’UE qui ont privatisé leurs services il y a des années, comme l’Allemagne (1994) et l’Italie (2012).

Aux raisons habituellement avancées  en faveur des processus de dérégulation –qui favorisent la concurrence, et par conséquent l’innovation, de meilleurs prix et services aux usagers– auxquelles s’ajoute dans le cas présent le fait non anecdotique que l’Espagne possède le deuxième plus grand réseau ferroviaire à grande vitesse du monde après la Chine–, une infrastructure manifestement sous- utilisée jusqu’à présent. C’est un réseau de 3.806 kilomètres qui a coûté 65 milliards d’euros d’argent public dont le retour sur investissement aurait dû être beaucoup plus important. En marge des considérations sur l’opportunité de quelques lignes difficilement justifiables, le moment est venu de rentabiliser ces magnifiques réalisations en augmentant l’offre et en l’étendant à d’autres catégories d’usagers. En ce sens, l’offre low cost de Ouigo, et celle que devrait apporter AVLO (de Renfe) à partir du 24 juin, permettront de populariser la grande vitesse, qui deviendra une alternative accessible à d’autres options plus polluantes, comme l’avion ou la route. La carte de l’environnement joue également dans ce sens. Les opportunités se multiplieront  à mesure de l’arrivée de nouvelles compagnies. L’hispano-italienne Ilsa (Trenitalia et Air Nostrum) le fera à partir de 2022. Mais pour que le processus soit équitable au niveau européen, ces mêmes opportunités devront également être accessibles aux compagnies espagnoles qui voudront pénétrer d’autres marchés de l’UE.

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