HERALDO DE ARAGON

M. J. Montesinos

Zaragoza

09/03/2018

Lorsqu’elle a été inaugurée en 1928, la gare internationale de Canfranc était la plus grande d’Espagne et la seconde d’Europe. La gare d’Atocha, à Madrid, et la gare de France à Barcelone la suivaient. Cet édifice monumental, de 241 mètres de longueur abritait un hôtel de luxe, un casino, une agence de douanes, un bureau de la Banque d’Espagne, une cantine  et une infirmerie.

Sa construction n’a pas seulement été une œuvre impressionnante d’ingénierie et de reconfiguration des lieux, elle a permis d’élever une nouvelle agglomération qui comportait 1.500 habitants lors de son inauguration, née à partir du village de Canfranc, situé quatre kilomètres plus bas.

Le caractère monumental et élégant de la façade de la gare internationale reste impressionnant quatre-vingts ans après sa construction, de même que l’intérieur, qu’on ne peut découvrir qu’à travers les visites guidées qu’organise l’Office du Tourisme de Canfranc, pour lesquelles il est préférable de réserver à l’avance, car il y a beaucoup de demande. La visite, qui dure 45 minutes, démarre par l’accès souterrain créé pour les passagers (les employés entraient par ailleurs), traverse le hall principal, d’une hauteur impressionnante et à la décoration du début du XXe siècle. Par beau temps, la visite se poursuit jusqu’au quai français où l’on peut voir deux trains de l’époque en cours de restauration.

Pour que la visite soit une expérience totale, l’idéal est d’arriver par le train, le « Canfranero », qui part de Saragosse et passe par Huesca, les Mallos, Jaca et Villanúa, au total 17 arrêts. Le parcours offre au voyageur « des paysages spectaculaires et les nombreux ouvrages d’art que cette ligne a nécessités», indique l’Office de Tourisme de Canfranc Estación, où l’on regrette que peu de visiteurs arrivent par le train. «Nous accueillons également des touristes qui sont en vacances dans la région, et quelques-uns aussi qui ont pris le Canfranero sur une partie du trajet».

Les visiteurs «sont impressionnés par les dimensions de l’édifice central, et également par l’histoire de la gare durant la IIe Guerre Mondiale», explique l’Office de Tourisme. Pendant la guerre mondiale, l’or payé par les nazis, en échange des minerais dont ils avaient besoin pour fabriquer des armes, est passé par Canfranc ; également des œuvres d’art dont on ne sait plus où elles sont passées ; et des centaines de juifs qui fuyaient le génocide, comme l’explique le journaliste Ramón J. Campo, du HERALDO, un de ceux qui ont étudié cet épisode historique, dans son livre ‘Canfranc. L’or et les nazis. Trois siècles d’histoire’.

Les vendredis, samedis et jours fériés –après le coucher du soleil–, un spectacle son et lumière est offert, d’une durée de 20 minutes, avec projection de couleurs et d’images sur la façade de l’édifice central, tandis que le public entend la gare raconter en « off » sa propre histoire.

Espectáculo nocturno de luces en la Estación Internacional de Canfranc.

Autres centres d’intérêt dans la gare : dans l’ancienne maison des ingénieurs, le centre ‘A Lurte’ d’étude de la neige et des avalanches, qui permet au visiteur de découvrir leur activité. (—)

Deux nouvelles installations vont ouvrir cet été, indique le maire de la localité, Fernando Sanchez : «le musée du laboratoire souterrain de Canfranc, qui exposera les importantes expérimentations qui s’y déroulent et, à côté, dans l’ancien collège, une maquette d’exposition des travaux qui vont être réalisés sur l’esplanade de la gare». Cette zone est en cours de transformation, avec ouverture d’un hôtel cinq étoiles, 133 logements loft dans les anciens hangars, et un musée du chemin de fer dans l’atelier des machines. Un Centre d’accueil des Pèlerins sera également créé, car Canfranc se trouve sur le chemin français de Saint-Jacques.

En venant visiter la gare, on peut également profiter des nombreuses ressources de la ville et des environs. La Tour des Fusiliers, près de la gare, est un ouvrage défensif, ouvert aux visites durant l’été. Les bons marcheurs disposent d’un vaste choix de sentiers de randonnées de diverses difficultés, qu’on peut consulter sur le site internet de la localité.

Une promenade agréable consiste à parcourir à pied le trajet entre la gare et le village, quelques 4 km (approx. 1 h), sur le chemin de St Jacques, jusqu’à Villanúa.

Dans le village de Canfranc a été créé un parcours photo qui permet au visiteur de connaitre l’histoire de la localité. A la fin de ce parcours on poursuit vers une autre curiosité : les bunkers de la ligne P, un ensemble de refuges, ouvrage défensif construit à la fin de la IIe Guerre Mondiale, qui devait couvrir toutes les Pyrénées, et dont une douzaine ont été restaurés pour la visite.

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