HERALDO DE ARAGON
9/5/2020
María José Villanueva

La France commence lundi le déconfinement à plusieurs vitesses, et même une rentrée des classes partielle, mais ce retour à la normale’ ne comprend pas la réouverture du tunnel international de Bielsa. Les autorités du pays voisin ont décidé de le maintenir fermé, alors même que dans le sud, dans les départements frontaliers avec l’Espagne, la crise du coronavirus a eu des effets minimes. Le Gouvernement d’Aragón a confirmé le refus français de rétablir le trafic par ce passage frontalier. « Pour le moment, ils n’ouvriront pas le 12 et nous attendons qu’ils nous fixent une date », affirme le ministère régional de l’Aménagement du Territoire, des Mobilités et du Logement.

La demande du ministre régional José Luis Soro, également président en exercice du Consortium du Tunnel Bielsa-Aragnouet a donc été rejetée. Le ministre régional avait adressé le 2 une demande au préfet sollicitant la levée du décret de fermeture pour le 12 mai, une mesure en vigueur depuis le 14 avril et sans date de réouverture. Dans sa demande, il comprenait que « l’extension jusqu’au 11 mai du confinement en France marque une limite de temps et soulignait l’importance de ce passage frontalier, en particulier parce qu’en ce moment l’Aragón n’est relié à la France que par le tunnel du Somport ».

Jeudi dernier, un porte-parole de la préfecture a confirmé le refus, toujours sans préciser un calendrier de réouverture, ce qui est le plus préoccupant. La nouvelle a coïncidé paradoxalement avec la déclaration du premier ministre français sur la nécessité de favoriser les déplacements transfrontaliers au sein de l’UE pour la commémoration ce samedi du Jour de l’Europe. Dans l’intervalle, les travaux prévus à Bielsa se poursuivent pour l’amélioration des protections anti-avalanches.
La prolongation de la fermeture se comprend d’autant moins que la France est divisée en zones rouge et verte, selon l’impact du virus. La région Occitanie, qui comprend les départements situés à la frontière avec l’Aragón, est en zone verte.
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Les restrictions à Bielsa compliquent la vie des habitants et des entreprises. Six élèves de la vallée de Chistau, de 10 à 18 ans, qui font leurs études en France, à Arro (sic) et Lannemezan, devront retourner en classe de façon échelonnée à partir de la semaine prochaine. Selon Miguel Lacambra, père de l’un d’entre eux, la seule solution passe par un grand détour par Viella ou le Somport.
Le problème est le même pour un entrepreneur local. José Luis Bielsa, patron d’un petit abattoir de Plan, qui fait deux fois par semaine le voyage en France pour livrer 100 carcasses d’agneaux qu’il distribue dans des commerces de différentes villes. « Je suis passé de 300 kilomètres par jour par la route normale à 700 ». Alors qu’Arro est à 20 kilomètres, il doit faire un large détour par le Somport et revenir par Viella. « Les stations-service sont fermées, et nous emportons les repas car il n’y a pas non plus de restaurants ouverts… mais il faut continuer à servir les clients ».
Il ne croit pas à une réouverture à court terme et ne comprend pas les raisons de cette fermeture. « C’est comme si le tunnel appartenait aux français, ils l’ouvrent ou le ferment quand ils veulent. Je comprendrais en cas de risque d’avalanche, mais pas aujourd’hui ».
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