Fort du Portalet : le projet de passerelle se concrétisera en 2020

Voici le nouveau cheminement proposé : du GR10, descendant par un nouveau sentier pour atteindre un futur belvédère, d’où partira la passerelle. Puis les passants pourront continuer par le chemin en encorbellement le long de la RN 134.

Cabinet Andueza/Agor / Reproduction Pyrénées Presse
  • Fort du Portalet : le projet de passerelle se concrétisera en 2020
    La future passerelle partira du versant boisé, à gauche, où sera créé un belvédère, pour rejoindre le premier lacet qui mène à l’entrée du fort, à droite.

    Marc Zirnheld
  • Fort du Portalet : le projet de passerelle se concrétisera en 2020
    Aujourd’hui, les visiteurs du fort et pèlerins sont obligés de marcher sur la RN 134, frôlés par les camions. Demain, un chemin en encorbellement, le long du parapet, sera créé pour que la déambulation se fasse en toute tranquillité, jusqu’au pont d’Urdos.

    Marc Zirnheld
  • Fort du Portalet : le projet de passerelle se concrétisera en 2020
    Maia Agor et Joseph Andueza, les paysagistes qui travaillent sur le dossier.

    Marc Zirnheld
  • Fort du Portalet : le projet de passerelle se concrétisera en 2020
    Devant la Tour des Fusillés à Canfranc, élus aragonais et béarnais ont lancé le programme.

    Marc Zirnheld

Par PIerre-Olivier Julien, publié le .

Dans le cadre d’un programme transfrontalier, entre Béarn et Aragon, la première action côté français sera cette passerelle qui doit faciliter le chemin des pèlerins et attirer les touristes.

Moins longue, moins élevée au-dessus du vide, moins spectaculaire. Mais toujours dans les plans du Conseil départemental, qui en a dévoilé ce jeudi le projet finalisé. Oui, une passerelle, de type himalayen, surplombera bien les Gorges du Sescoué, depuis la Mâture jusqu’au Fort du Portalet. Mais après d’âpres discussions, comprend-on, les autorités lui ont trouvé une dimension « plus juste » tout en conservant « l’intégrité » du site.

Ce sont les paysagistes Maia Agor et Joseph Andueza qui ont travaillé le dossier depuis ce printemps. « Il y avait eu une pré-étude proposant sept possibilités. Avec une passerelle en position soit haute, soit intermédiaire, soit basse » explique Maia Agor. C’est finalement cette dernière option qui a été retenue. « Il ne fallait pas dénaturer le rapport entre le fort et le chemin de la Mâture » précise Joseph Andueza.

Depuis la Mâture, c’était trop risqué

« Une étude technique, sur les chutes de bloc, nous faisait craindre le pire. Beaucoup de questions de sécurité se posaient alors qu’il était aussi impossible de poser des filets de protection » nous explique Elisabeth Médard, la maire d’Etsaut, commune où se situe le fort. « C’est en se baladant à pied sur le site cet été avec le cabinet de paysagistes, en prenant un vieux chemin communal qui part du GR10, que la solution est arrivée toute seule. En arrivant sur un plateau boisé, qui était une ancienne prairie, et voyant en face de nous le fort, ce fut comme une révélation » raconte l’édile.

D’où le souhait aujourd’hui d’y créer une sorte de belvédère, d’où partira la future passerelle en accès gratuit. Celle-ci fera une cinquantaine de mètres, avec autant de hauteur sous les pieds, pour atterrir au niveau du premier lacet qui conduit à l’entrée du fort. « On espère que les travaux pourront démarrer début 2020, pour une durée d’une année » annonce Nicolas Watteau, monsieur randonnées au Conseil départemental. Le coût de cette opération, 1,7 million d’euros. Somme financée à 65 % par l’Europe, « on lui doit beaucoup » acquiesce le président du Département Jean-Jacques Lasserre.

Faciliter le parcours des pèlerins

Car cette passerelle, si elle est « un élément fort de notre plan Montagne », est surtout l’une des premières actions concrètes qui va voir le jour dans le cadre du projet transfrontalier Arles-Aragon/Camino Francés. Son coût pour la période 2017-2020 : 3,186 millions aidés donc à 65 % par l’UE via le programme Interreg-Poctefa. L’idée ici est en réalité de faciliter le cheminement des pèlerins des Chemins de Saint-Jacques qui empruntent la Voie d’Arles. « Pour eux, la vallée d’Aspe, en particulier le défilé du Portalet, correspondait à un réel point de blocage, un vrai handicap du côté français » constate Jean-Jacques Lasserre. « Avec la passerelle moins haute, on a voulu que leur cheminement soit moins compliqué que par la Mâture » relève Maia Agor.

La future passerelle partira du versant boisé, à gauche, où sera créé un belvédère, pour rejoindre le premier lacet qui mène à l’entrée du fort, à droite.
La future passerelle partira du versant boisé, à gauche, où sera créé un belvédère, pour rejoindre le premier lacet qui mène à l’entrée du fort, à droite.

Crédit photo : Marc Zirnheld

Mais les pèlerins étaient souvent freinés aussi par l’insécurité de marcher le long de la RN134 (qui constitue une partie de la voie). C’est pourquoi, en dehors du programme européen, le Département a également prévu des travaux, pour 2,3 millions d’euros, afin de créer entre le pont de l’Enfer (entrée du fort) et le pont d’Urdos, un passage en encorbellement légèrement en-deçà du parapet. Sur 400 mètres. Ensuite, du pont d’Urdos, les piétons pourront rejoindre la gare d’Urdos par une autre passerelle, accrochée au pont ferroviaire présent.

Continuer à valoriser ce patrimoine

« Ce sera plus sécurisant. Tant la passerelle entre la Mâture et le fort, qui fait moins peur comme cela. Que ce cheminement. Jusque maintenant, malheureusement, beaucoup de pèlerins préfèrent prendre le bus jusqu’à Canfranc. Nous sommes donc très heureux de cette opération » nous confiaient Hélène et Jean-Claude, de l’association oloronaise des Amis de la Voie d’Arles. « Ce sera même plus facile de passer par là que par Ronceveaux » ose parier en souriant le président du CD64.

L’espace de déambulation le long de la R134 servira évidemment également aux touristes souhaitant aller en toute sécurité au fort, dont le portail d’entrée sera déplacé.

À noter qu’à côté des opérations structurantes, Béarnais et Aragonais veulent mettre l’accent sur la communication, la promotion, avec des spectacles culturels itinérants, encourager le patrimoine « portes ouvertes ». Et de parler d’un pass hébergement, de l’édition de brochures et de cartes ou encore de la diffusion d’une exposition itinéraire bilingue du patrimoine, dans le cadre cette année des 20 ans de l’inscription au Patrimoine mondial de l’Unesco des chemins de Saint-Jacques.

« Il faut continuer à valoriser ce patrimoine touristique, cet itinéraire qui a une identité forte, une voie témoin des échanges et du partage européen. Cela permettra un développement complémentaire de nos régions voisines » a commenté Daniel Lacrampe, président de la communauté de communes du Haut-Béarn, partie prenante de ce programme avec le Département, le gouvernement d’Aragon et la mairie de Canfranc.

Générateur de retombées

« Un projet comme celui-ci n’existerait pas s’il n’y avait pas une grande confiance établie entre nous. Il est nécessaire de l’alimenter avec des projets bien précis, générateurs, j’en suis sûr, de belles retombées » a ajouté Jean-Jacques Lasserre. Mathieu Bergé, représentant la Région Nouvelle-Aquitaine, a confirmé pour sa part le soutien financier de sa collectivité à hauteur d’environ 15 %. Tandis que le Département attend encore un coup de pouce de l’Etat, son président ne manquant pas de le rappeler au sous-préfet d’Oloron Christophe Pécate.

Devant la Tour des Fusillés à Canfranc, élus aragonais et béarnais ont lancé le programme.
Devant la Tour des Fusillés à Canfranc, élus aragonais et béarnais ont lancé le programme.

Crédit photo : Marc Zirnheld

Un centre d’accueil jacquaire dans l’ancienne gare de Canfranc

Ce jeudi, c’était donc le lancement officiel de ce programme transfrontalier. Une réunion était organisée à Canfranc, au sein de la Tour des Fusillés. L’occasion pour les partenaires espagnols de décliner également leurs projets qui entrent dans l’opération.

Ainsi, les représentants du gouvernement d’Aragon, Joaquim Palacio (aménagement) et Jorge Marqueta (tourisme) ont confirmé que l’ancienne gare de Canfranc (qui fait par ailleurs l’objet d’un projet de requalification) allait intégrer dans ses vieux garages un centre d’accueil et d’information jacquaire. Espaces thématiques et lieux d’exposition y seront consacrés à la Voie d’Arles. Le coût s’élève à 500 000 €.

Le maire de Canfranc, Fernando Sanchez, qui s’est dit « très excité » par le projet, a lui évoqué la réhabilitation de l’auberge des pèlerins de Saint-Jacques de Canfranc, située au cœur du village. Montant des travaux : 310 000 €. À noter qu’est aussi envisagée la réhabilitation du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle dans toute sa partie aragonaise.

Le coût du projet

1,7 M c’est, en euros, le coût du projet du nouveau sentier sous le chemin de la Mâture et de la passerelle vers le Fort.

Une opportunité touristique pour le Fort

« Cette opération a aussi une valeur touristique pour le Fort du Portalet » a relevé Elisabeth Médard, « un projet nécessaire pour qu’il soit un élément culturel de ce chemin de Saint-Jacques ». Et d’espérer de voir multiplier par dix, à terme, le nombre de visiteurs qui varie entre 5 000 et 7 000 par an aujourd’hui (lire aussi notre cahier sur les Journées du patrimoine). Le fort, qui depuis son rachat par la CC de la Vallée d’Aspe en 1999, fait l’objet d’une restauration constante. Près de 2 millions ont déjà été investis, « et une troisième tranche de travaux, de 300 000€, débutera à l’automne ».

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