EL PERIODICO DE ARAGON
RICARDO MUR
02/09/2019

Le Ministre de Fomento sortant a lancé mi-août un ballon sonde sur une éventuelle mise en place d’un péage « symbolique » des autovías, aujourd’hui gratuites. Bien qu’il l’ait fait au cours d’un mois endormi par les vacances, l’annonce a fait l’effet d’une bombe chez ceux qui n’avaient pas décroché de l’actualité et tout particulièrement auprès du secteur du transport.
Il est vrai que la menace initiale a été ensuite adoucie, et peut-être même enterrée devant la perspective de nouvelles élections. Ainsi, le ministre Ábalos parlait peu après « d’une question à laquelle il faudra réfléchir», tandis que la ministre des finances déclarait que le gouvernement étudie «différentes formules existantes ailleurs en Europe» (et pas partout un péage) pour l’entretien du réseau routier à grande capacité.
Pourtant la proposition avait même été chiffrée à deux centimes du kilomètre, épargnant les usagers de proximité, et frappant principalement les transporteurs pour financer les quelques 1.100 millions d’euros annuels auxquels l’Exécutif chiffre la maintenance de ces voies. Un montant qui sera prochainement revu à la hausse avec la fin des concessions de certaines autoroutes à péage qui reviendront à l’Etat, et avec le sauvetage de celles qui sont en faillite depuis l’an dernier.
Ce n’est certes pas une question simple, car les infrastructures routières requièrent un entretien coûteux et indispensable, mais il n’est pas moins vrai que les citoyens et les entreprises (de tous les secteurs, mais surtout de transport) le financent déjà à travers leurs impôts : IRPP et IS, mais aussi impôts de circulation et d’immatriculation, sans oublier les fortes taxes sur les combustibles et les taxes environnementales.
Ainsi donc le péage sur les autovías mériterait à tout le moins un débat approfondi avec des experts de différents horizons, et en particulier des secteurs les plus touchés. Il faudrait prendre en compte d’une part les éventuels effets sur la sécurité routière en fonction des types de routes utilisées dans les déplacements, et d’autre part les surcoûts qui en résulteraient sur une activité déjà très fortement taxée, et frappée par les exigences de formation professionnelle de reclassement et par l’impérieuse nécessité d’adaptation aux nouvelles technologies et solutions énergétiques. Des coûts qui retombent sur le secteur logistique, et aussi sur toutes les activités, affectant la compétitivité des exportations, qui se font par la route dans plus de 90% des cas, en tout ou en partie en complément du bateau, de l’avion ou du chemin de fer.
Nous en savons quelque chose en Aragón où, bien que disposant d’un nœud logistique de premier ordre, le couloir ferroviaire qui devrait articuler le parcours en direction des ports de Valence et Bilbao via Saragosse et Teruel reste encore une chimère sur une voie des siècles passés. Le passage ferroviaire que nécessitent l’Espagne et l’Europe par les Pyrénées Centrales n’existe pas et n’est même pas en projet, et le Canfranc est vu comme une grande avancée, malgré sa faible capacité, après des décennies passées à noyer le poisson.
Nous le savons aussi parce que Teruel a été la dernière province à bénéficier d’un premier kilomètre d’autovía, car les A-21, A-22 et A-23 sont en projet depuis des lustres dans la province de Huesca et ne se réalisent que lentement, tandis que les aménagements de la N-260 et la A-14 sont renvoyés aux calendes grecques, sans parler de la mise à quatre voies de la N-232 et de quelques tronçons de la future A-68, qui dans le meilleur des cas accumulent des décennies de procédures.
En somme, il reste beaucoup à faire et à discuter avant de parler de péage sur les autovías que, dans bien des cas, l’Aragón avait déjà payées bien avant d’en disposer….

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