Attractivité de Pau : ce qu’ils attendent du nouveau directeur du développement
La communauté d’agglo Pau-Béarn-Pyrénées attend de son directeur de l’attractivité son premier ambassadeur.

Archives Marc Zirnheld
PAR KEVIN ESTRADE, PUBLIÉ LE , MODIFIÉ .

Philippe Sinapian, le directeur de l’attractivité de l’Agglo a pris son poste il y a une dizaine de jours. Une arrivée qui crée des attentes chez les décideurs locaux à la veille d’un nouveau conseil d’Agglo.

Il était attendu comme le messie par les élus et les décideurs palois. Le voici : Philippe Sinapian, l’ancien patron du Carrefour de Lescar a pris ses fonctions de directeur de l’attractivité de l’Agglo il y a une dizaine de jours. Sa mission ? Développer l’image de la collectivité et son attractivité afin de muscler son développement.

LA CONCERTATION COMME PRIORITÉ

Pendant plusieurs mois François Bayrou et ses équipes se sont mis en quatre pour dénicher la perle rare. « Je ne l’ai pas encore trouvé » nous disait à l’automne le président de l’agglomération.

Le chiffre

8,2 % C’est, selon l’Insee, le taux de chômage de la zone d’emploi de Pau. Il est de 8,4% à l’échelle du Département.

À grands renforts d’annonces dans la presse nationale, la recherche laissait percevoir un profil capable de faire parler les différents acteurs locaux d’une seule et même voix. Et pour ça, l’intitulé de l’annonce de l’Agglo était clair : « Le directeur de l’attractivité […] devra assurer la définition et le pilotage de la stratégie de développement économique et de renforcement de l’attractivité du territoire de l’agglomération ».

Près de deux ans après le départ de Norbert Guichard, l’ancien monsieur économie de l’Agglo, la création de ce poste de directeur de l’attractivité tombe donc à pic pour les décideurs locaux. « Depuis son départ, il nous manquait cette courroie », reconnaît Jean-Louis Olivet, le président du Pôle Avenia. « Sa venue va renforcer le lien entre la chambre consulaire et l’Agglo pour porter une véritable stratégie de développement du territoire », poursuit Didier Laporte, le président de la CCI Pau-Béarn.

« Redynamiser l’offre du centre-ville et mettre en cohérence les activités commerciales présentes dans l’agglomération »

Désormais en poste, Philippe Sinapian doit désormais convaincre qu’il est l’homme de la situation pour fédérer autour d’un seul et même objectif. « Il faut que l’on soit à l’écoute des professionnels. Il ne faudra pas tout faire chacun de son côté », espère Yves Larrouture, le président de l’Union des métiers de l’industrie hôtelière de Béarn et Soule. « Nous devons être porte-parole les uns des autres », assure quant à lui Jean-Louis Olivet. Une philosophie de travail que partage aussi Jean-Marc Roy, le président du Medef Béarn et Soule : « On doit tous tirer dans le même sens ».

LE LONG TERME COMME HORIZON

Parmi la dizaine de missions présentées sur l’annonce de recrutement figurait notamment celle-ci : « Redynamiser l’offre du centre-ville et mettre en cohérence les activités commerciales présentes dans l’agglomération ». À n’en pas douter, le commerce sera l’un des principaux chantiers à venir pour Philippe Sinapian. Mais cette fois, c’est son pedigree qui fait envie. « À la vue de son carnet d’adresse, je pense qu’il peut attirer de grandes enseignes au centre-ville. Il a les contacts et le carnet d’adresse pour ça », espère Alexandre Zimmermann, le président de Pau Commerces.
C’est aussi sur la durée que sera jugé le passage de l’ancien directeur de Carrefour à l’Agglo. La synergie tant espérée par les décideurs locaux doit donc surtout permettre une vision à long terme. « Dans nos métiers, il nous faut de la visibilité sur 5 ans. On doit savoir où on va », demande Yves Larrouture. C’est ce chemin que devra tracer le nouveau directeur de l’attractivité.

►Contacté, Philippe Sinapian, n’a pas souhaité s’exprimer.

 

LES RÉACTIONS DES DÉCIDEURS DE L’AGGLOMÉRATION

En haut : Didier Laporte, Jean-Louis Olivet, Christophe Blazquez.En bas : Jean-Marc Roy, Alexandre Zimmermann, Yves Larrouture.
En haut : Didier Laporte, Jean-Louis Olivet, Christophe Blazquez.En bas : Jean-Marc Roy, Alexandre Zimmermann, Yves Larrouture.

Crédit photo : Archives PP
  • Didier Laporte (président de la CCI Pau-Béarn) → « L’Agglo restera le moteur. C’est elle qui doit tirer l’ensemble, et impulser la stratégie. Nous avons les mêmes attentes concernant l’attractivité. C’était l’un des axes de notre programme pour les élections à la CCI. »
  • Jean-Louis Olivet (président du Pole Avenia) →  « Il faudra faire jouer les synergies et se tenir au courant. C’est important de se connaître au niveau des dirigeants pour s’alerter sur des sujets, mais aussi pour faire germer de nouvelles idées. »
  • Christophe Blazquez (cofondateur de la Mêlée Adour) → « Sur le numérique, l’Agglo pourrait par exemple réfléchir à un lieu central qui permettrait d’accueillir et d’organiser des événements qui seraient connotés numérique. »
  • Jean-Marc Roy (président du Medef Béarn et Soule) → « L’attractivité du territoire est l’une de nos priorités. L’arrivée de Philippe Sinapian ne peut aller que dans le bon sens. On lui tend la main et on attend de le rencontrer. Il faut voir comment lui voit les choses. »
  • Alexandre Zimmermann (président de Pau Commerces) → « Il sait comment fonctionnent les grandes enseignes, et il connaît leurs attentes. C’est l’un des éléments qui fera que dossier Pau 2030 sera une réussite. »
  • Yves Larrouture (président de l’UMIH Béarn et Soule) → « Nous devons mutualiser les moyens et travailler tous ensemble. Il faut être à l’écoute des professionnels et ne pas tout remettre en cause à chaque fois. Il faut être pragmatique pour avancer. »

Philippe Sinapian, l’homme qui doit réussir

L’intéressé présente un cursus solide. Il doit désormais mettre en œuvre une stratégie efficace. Réussite obligatoire.

Au regard du contenu de l’annonce, parue sur une demi-page dans le quotidien le Monde fin 2016, c’est véritablement une perle rare qui était recherchée par l’agglomération pour faire décoller son développement économique et améliorer son attractivité. C’est désormais fait.

A ce titre, le CV de Philippe Sinapian présente quelques garanties et une diversité appréciable d’expériences : un cursus par Polytechnique qui reste la plus prestigieuse des écoles d’ingénieurs du pays et des incursions professionnelles dans des filières aussi diverses que les médias (Canal +), l’industrie (Peugeot) et la distribution (Carrefour). Le fait qu’il arrive de Lescar permet déjà de gagner de précieuses semaines en éludant la phase de découverte du territoire. Et d’envisager aussi, une fois achevée l’indispensable tour des popotes et les échanges avec les différents acteurs, la mise en route de la phase opérationnelle. Une mission importante, décisive même pour le territoire palois.

CASSER LES SILOS

Car ce bassin a beau toujours afficher un taux de chômage faible comparé à celui de ses homologues régionaux, certains indicateurs récents – démographiques, économiques, immobiliers – révèlent un dynamisme poussif. Avec la concurrence encore plus agressive des zones métropolitaines (Bordeaux, Toulouse) ou littorales (Bayonne et le Pays basque), il apparaît nécessaire de réagir très vite et mettre en place une stratégie pugnace afin de convaincre des entreprises de s’installer ou permettre à des formations supérieures de voir le jour.

Le défi de l’attractivité devra aussi être aussi relevé par le terrain pour arriver à une mise en réseau plus efficace des acteurs locaux. Comme nous l’ont confié plusieurs responsables qui estiment ce travail nécessaire, il s’agira de casser les silos afin que les décideurs économiques sachent jouer collectif. Des épisodes récents comme le faux départ dans le cadre du projet de labellisation French Tech montre la nécessité de mettre de l’huile dans les relations économiques locales. Autant dire que Philippe Sinapian a du pain sur la planche et que sa réussite conditionnera celle de l’agglomération paloise.

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