Après Yara, faut-il craindre l’effet domino ?

Mar 23, 2017 | Economie, Presse française

Après Yara, faut-il craindre l’effet domino ?
Le PDG de Yara France, Thierry Loyer, est revenu mercredi à Pardies. Son second déplacement depuis l’annonce, le 8 mars, de la prochaine fermeture du site.

© nicolas sabathier
PAR G. C., PUBLIÉ LE , MODIFIÉ .

Une fermeture d’usine impacte souvent tout un environnement. Explications.

« L’effet domino ». Après le séisme déclenché en 2009 par la fermeture de Celanese, cette expression est à nouveau au centre de toutes les conversations sur le bassin de Lacq. La menace qui pèse sur l’usine du groupe norvégien Yara  fait ressurgir la crainte de voir tout un « mécano » industriel (voir infographie) vaciller sur ses bases. Car c’est cela, l’effet domino : quand une usine tousse – voire plus grave -, c’est toute une région qui s’enrhume.

Ces lieux où travaillent des centaines de personnes sont, en effet, très étroitement liés les uns aux autres. Cette forte interdépendance concerne les fournitures d’utilités (eau, vapeur…), de fluides et autres gaz, hydrogène ou divers composants, sans lesquels aucun opérateur ne peut produire.

Une « véritable usine à gaz »

Pour faire simple, Air Liquide, également représenté à Pardies, ne pourra pas subsister si Yara – à la fois premier voisin, client et fournisseur – ferme bel et bien son usine. Et pour chaque dommage collatéral, bien sûr, la « facture sociale » s’alourdit. Le volume d’emplois menacés prend de l’ampleur…

« J’entends bien que, vu de l’extérieur, tout cela peut paraître compliqué. D’ailleurs, parfois, ça l’est aussi pour nous ! », consent Patrice Bernos, directeur général de Chemparc, en évoquant une « véritable usine à gaz ». Mais, au-delà du constat, il y a toute une histoire, plusieurs décennies de construction de ce patrimoine industriel.

« Toutes ces installations sont très imbriquées car c’est le résultat des différents montages faits au fil du temps », rappelle Bernos. Peut-on, dès lors, considérer que ce modèle industriel est aujourd’hui dépassé ? Il n’en est rien. Et, régulièrement, la plateforme de Lacq est d’ailleurs citée en exemple en matière de reconversion plutôt réussie depuis l’arrêt, par Total, de l’exploitation commerciale du gaz. Le « modèle » béarnais est d’ailleurs souvent repris, en France comme à l’étranger. Et ce, pour au moins une bonne raison. Patrice Bernos décrypte : « Il y a bien sûr les risques que nous connaissons. En cas d’accident, comme avec Yara, on voit bien que tout cela repose sur un château de cartes. » Toujours le fameux « effet domino »…

« En revanche, reprend le dirigeant de Chemparc, ce mode de fonctionnement reste quand même très attractif pour tout industriel qui souhaite s’installer. Dès son arrivée, il a accès à tous les services. » « Et puis, estime-t-il, nos industriels connaissent la situation. Chez Arkema ou Toray, on ne trouve pas des dirigeants qui gardent les deux pieds dans le même sabot. » En clair, « ils n’attendent pas forcément que les problèmes surgissent pour verrouiller leurs sources d’approvisionnement. Cela relève de leur responsabilité ».

La République des Pyrénées

Les « Yara » ont revu leur direction

La journée de mercredi a été marquée par une nouvelle entrevue, à Pardies, entre la direction de Yara et les représentants du personnel. En matinée, le PDG pour la France, Thierry Loyer, avait été accueilli par une poignée de salariés, en présence de nombreux représentants des forces de l’ordre. Le représentant de la direction a alors rappelé qu’il était en Béarn « pour négocier un accord de méthode » avant le déclenchement du plan social, le 12 avril. La discussion des heures suivantes, à l’usine, a notamment porté sur un allongement des délais demandé par les syndicats. Un accord de principe a été trouvé, l’intersyndicale souhaitant obtenir du temps supplémentaire afin de mener à bien son expertise économique réalisée par le cabinet Secafi.

Les deux parties se reverront le 5 avril, à Paris cette fois. Rappelons que Yara emploie à Pardies 86 personnes. L’annonce de l’arrêt de la production, qui pourrait être effectif à l’automne 2018, a été faite le 8 mars dernier.

Yara : les explications de Thierry Loyer, PDG… par larepubliquedespyrenees

Share This