Air France à Pau : « Oui, les low cost nous ont bousculés ! »
Selon Frédéric Alory, sur l’année, le prix moyen des billets d’Air France peut baisser de « 5 à 10 % ».

jean-philippe gionnet
PAR GÉRARD CAYRON, PUBLIÉ LE .

Stigmatisée, la compagnie nationale, qui jouit d’une position dominante à Pau où les low cost sont de retour, défend sa politique tarifaire. Interview de Frédéric Alory, directeur régional.

Les mouvements récents enregistrés sur l’aéroport de Pau-Pyrénées ne semblent pas trop l’émouvoir. Du moins officiellement. Nouveau directeur régional d’Air France-KLM pour la Nouvelle-Aquitaine, Frédéric Alory (1) prend acte du retour annoncé des opérateurs low cost. Il défend aussi les prix affichés par la compagnie nationale. Et émet également quelques réserves…

Titre
«89 % de nos billets sont vendus à moins de 200 euros l’aller-retour entre Pau et Paris »

Crédit photo : Frédéric Alory

L’aéroport de Pau sera géré, à partir de 2017, par de nouveaux délégataires – le groupement Air’Py (2) – qui feront appel aux low cost : votre sentiment par rapport à ce changement ?

Pas de commentaire à faire. Nous essaierons de travailler au mieux avec Air’Py qui, peut-être, aura une approche différente. Mais nous avons un intérêt commun : desservir Pau au mieux, ce qui représente déjà un challenge. La réussite de cette exploitation passera par un maximum de vols dans les meilleures conditions, et avec de la rentabilité.

LA RÉDACTION VOUS CONSEILLE

Aéroport de Pau : Volotea inaugure le retour des low cost

L’aéroport béarnais présente-t-il des difficultés particulières ?

Vous me parlez des low cost mais nous avons aussi, par le passé, tenté des liaisons avec Amsterdam, Dublin… qui ont fait long feu. Ce marché ne le permettait pas. On s’efforce donc de garder d’abord nos 12 rotations quotidiennes, vers Roissy, Lyon et Orly, ce qui représente le bon format.

Comment se portent ces lignes ?

Orly est stabilisé, et nous avons pour Lyon des critiques par rapport à un manque de ponctualité sur lequel notre filiale Hop ! travaille. Par rapport à la liaison avec Roissy-Charles-de-Gaulle, il a fallu baisser la capacité des appareils, tout en maintenant la fréquence (trois vols quotidiens). Ce qui se traduit par un recul de 21 % pour les neuf premiers mois de l’année. Mais comme, globalement, notre coefficient de remplissage augmente légèrement, cela assure le maintien de la pérennité des lignes.

La grille tarifaire d’Air France est critiquée : êtes-vous prêt à baisser les prix ?

Il faut savoir que 89 % de nos billets sont vendus à moins de 200 euros l’aller-retour pour les rotations entre Pau et Paris, et 6 % à moins de 100 euros. Sur l’ensemble, un quart des billets Air France sont à moins de 150 euros. Bien sûr, sur la grille, il y a des prix qui montent jusqu’à 600 euros pour un billet acheté au dernier moment, mais de gros efforts tarifaires ont été faits. Le prix moyen baisse d’ailleurs régulièrement, et ce au profit des consommateurs. Sur l’année, cette baisse peut atteindre 5 à 10 %, ce qui est énorme ! Peu d’industries pourraient se le permettre.

Par rapport aux prix les plus élevés, n’y a-t-il pas justement un manque de souplesse ?

Cela obéit au principe, qui n’a rien de révolutionnaire, de l’offre et de la demande, comme par exemple dans l’hôtellerie. Mais, là aussi, des efforts sont faits. On contractualise avec les entreprises, les plus importantes comme Total, mais aussi les PME, PMI et même les start-up. Pour ces dernières, nous avons un programme de fidélisation qui marche bien. On essaie d’être plus attractifs.

Les opérateurs low cost bousculent-ils vos positions ?

Oui. Ils nous ont bousculés avec leur modèle économique très différent et dont l’efficacité repose sur une philosophie industrielle recherchant la compression des coûts. On a essayé de s’en servir. Mais, aujourd’hui, on voit aussi que Ryanair puis Easy Jet se tournent vers des modèles plus mixtes. Et qu’il y aurait comme une forme de convergence sur les marchés des vols longs et moyens courriers.

Voulez-vous dire que l’effet de surprise est passé et qu’Air France en aurait tiré des leçons ?

Au départ, nous ne pensions pas que les low cost auraient de telles parts de marché. Un mea culpa a été fait, et Air France, comme toutes les grandes compagnies, a dû trouver des solutions. Et apporter des réponses diverses, sachant que nous proposons aussi toute une gamme de services sur nos vols.

(1) Cet homme de 53 ans, en poste depuis le 1er octobre, a été pendant trois ans directeur régional pour l’océan Indien, en poste à La Réunion.

(2) La concession sera assurée pour 12 ans par ce groupement, où la CCI est majoritaire (51 %), aux côtés d’Egis et Transdev, filiales de la Caisse des dépôts.

Concurrence avec la LGV ? « C’est à Bordeaux qu’aura lieu la grosse bagarre »

Une éventuelle concurrence avec le train, et surtout la LGV, ne semble pas émouvoir le dirigeant d’Air France, même si, dès l’an prochain, Pau sera à un peu plus de 4 heures de la capitale, via le rail. « C’est un progrès intéressant pour les habitants du territoire, mais cela reste quand même un trajet assez long par rapport à l’avion », réagit Frédéric Alory. À ses yeux, c’est surtout « sur Bordeaux que se dessinent les plus gros bouleversements ». « Là, effectivement, il va y avoir une grosse bagarre ! » prévient le directeur régional qui a déjà mesuré les conséquences possibles : « On reste optimistes même si nous savons qu’il y aura un impact. Plus de 15 % de nos clients ont une correspondance à Orly. Eux, nous ne pouvons pas les perdre… »

Share This