Au-delà de Sánchez et Macron

Oct 1, 2026 | Presse espagnole, Relations transfrontalières

El Periódico de Aragón

01 OCT 2026

Opinion

La proximité géographique, l’interdépendance économique et l’appartenance commune à l’UE font de la France un partenaire stratégique pour l’Espagne. La visite d’Etat d’Emmanuel Macron, la première d’un président français depuis 17 ans, reflète le rapprochement politique et économique des deux pays et leur croissante convergence autour de questions comme l’intégration européenne, le multilatéralisme et l’autonomie stratégique de l’Union. Cette entente est le fruit d’une évolution de la relation bilatérale qui a permis de dépasser ou de corriger certaines des tensions qui ont duré des décennies, spécialement en matière frontalière et antiterroriste.

La coopération policière et judiciaire dans la lutte contre ETA fut décisive pour créer la confiance et avancer dans la normalisation des relations, jetant les bases d’une meilleure coordination face aux enjeux européens et internationaux. Cette convergence acquiert une importance particulière dans un contexte d’incertitude sur l’engagement des USA sur la sécurité européenne et de croissante concurrence géopolitique. La convergence de vues entre Emmanuel Macron et Pedro Sánchez a contribué à la renforcer, en dépit des traditions politiques et des divergences persistantes sur la Chine, sur les dépenses de défense et les priorités énergétiques, qui montrent d’évidence que la convergence politique n’élimine pas la diversité des intérêts nationaux.

Les divergences entre les deux pays persistent, spécialement dans le domaine énergétique, où les limitations des interconnexions entravent l’intégration de la péninsule ibérique dans le marché européen et le recours aux énergies renouvelables. La paralysation du projet MidCat, les divergences de vues sur l’énergie nucléaire et l’origine de l’hydrogène soulignent les difficultés à concilier leurs stratégies respectives. Dans ce contexte, le développement du couloir H2Med et des connexions électriques et ferroviaires, comme la réouverture du tunnel de Canfranc et la liaison ferroviaire entre les deux pays dans les délais prévus, seront essentielles pour traduire la convergence politique en engagements concrets. A ces divergences s’ajoutent les traditionnelles frictions en matière agricole.

Ces différences n’ont cependant pas entravé la volonté de resserrer les liens bilatéraux, malgré le rejet par le Sénat de la ratification du Traité d’Amitié et de Coopération signé en 2023, introduisant un élément de divergence durant la visite de Macron. Les objections du PP à la participation réciproque de ministres dans les conseils des Ministres, ainsi que d’autres engagements de l’accord ont empêché sa ratification, en dépit de l’aval de la Cour Constitutionnelle (espagnole). Cela constitue un revers pour l’institutionnalisation de la coopération, même si cela n’altère pas les mécanismes bilatéraux existants ni n’implique nullement une rupture des relations.

L’axe París-Madrid, qui s’appuie sur le poids de la France et de l’Espagne, respectivement seconde et quatrième économies de l’UE, peut contribuer à renforcer la cohésion européenne et orienter leurs priorités communes, face à l’incertitude géopolitique et aux difficultés du traditionnel moteur franco-allemand. Cependant, leur pouvoir d’influence dépendra de la capacité des deux gouvernements à articuler des positions communes, à gérer leurs divergences et à consolider une coopération institutionnelle qui perdure au-delà des actuels dirigeants.

 

 

Share This