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La ligne 0loron-Bedous un an après

La ligne 0loron-Bedous un an aprèsLa famille Lauga d’Issor reprend le train après une escapade au marché de Bedous. Les cyclos, eux aussi, semblent avoir adopté le train de la vallée d’Aspe.

© Marc Zirnheld

 

Par Jean-Marc Faure, publié le , modifié .

Le 26 juillet 2016, la ligne ferroviaire était rouverte entre Oloron et Bedous. Un an après, nous avons sondé voyageurs et Aspois sur l’intérêt et l’impact du retour du train.

390 jours après le voyage inaugural du retour de la ligne ferroviaire entre Oloron et Bedous, nous avons repris le train pour la vallée d’Aspe. Histoire d’évaluer le niveau d’attraction du rail dans la vallée au bout d’un an d’exploitation. Ce jeudi de juillet où les vacances sont bien installées, le ciel est gris, peu propice aux balades en montagne.

L’attraction du marché

Sur le quai de la gare d’Oloron, un peu avant dix heures, 25 personnes attendent le train. L’affluence est trompeuse car une partie des voyageurs attend le train de Pau. Reste que plus d’une quinzaine d’entre eux embarque en milieu de matinée pour Bedous. Le marché du village, à défaut du beau temps, offre une attraction de substitution. Annie et Michel Lauga, un couple d’instituteurs retraités d’Issor, accompagné de Dominique, la sœur de Michel, expatriée en région parisienne, sont du voyage express (moins d’une demi-heure) jusqu’à Bedous. Pour eux, ce voyage en train à travers la vallée d’Aspe est une nouvelle première fois. « Je l’avais pris l’été 1967 ou 1968 jusqu’à Canfranc, quand j’étais monitrice dans une colonie de vacances à Lurbe », se souvient Annie. La ligne fait partie de la mémoire collective de la famille Lauga. « Nous avons des photos de sa construction. Notre père, Jean-Félix, était ami du fils de l’ingénieur en chef », confie Michel qui, en tant que maire d’Issor, a suivi les péripéties de la remise en service. Il espère qu’elle sera prolongée un jour jusqu’à Canfranc. « En 1979, j’avais fait un reportage photo à partir de cartes postales anciennes que j’avais retrouvées », rappelle encore sa sœur Dominique.

Le marché hebdomadaire du jeudi permet d’attirer des amoureux du rail à Bedous.
Le marché hebdomadaire du jeudi permet d’attirer des amoureux du rail à Bedous.

Crédit photo : © M Zirnheld

Malou et Edmond Koza et leur ami Jacques Chabanoll, d’autres retraités, installés à Jurançon, prennent aussi ce train pour la première fois. Ils ont prévu de déjeuner sur place après un tour au marché. Heureux de profiter de ce plaisir sur rails, Jacques a des doutes sur la cohérence du retour du train en Aspe : « Économiquement, cela me paraît être une hérésie totale ».

« Pour faire le plein de cigarettes »

Quelques fauteuils plus loin, la Paloise Marie-Madeleine Douau, installée à Oloron depuis sa retraite, est une habituée du trajet Oloron-Canfranc qu’elle renouvelle tous les deux mois. L’explication est simple : « Je fais juste l’aller-retour pour faire le plein de cigarettes. J’aime bien le train. On passe dans des paysages verdoyants. » Indifférente au train ou au bus, elle s’interroge sur la pertinence des choix budgétaires de la Région, maître d’ouvrage de la réouverture : « Je pense qu’il y aurait eu autre chose à faire, notamment quand on voit l’état des commerces à Oloron. »

Il ne faudrait pas croire que le train de la vallée d’Aspe soit dédié aux seuls retraités. À l’heure du retour, à la mi-journée, nous avons croisé à la gare de Bedous parmi la vingtaine de voyageurs, une vendeuse d’Oloron, heureuse d’avoir vu « l’intérieur de la vallée comme on ne le voit pas en voiture », une jeune femme avec un bébé et une Parisienne rentrant d’un séjour à Jaca.

Sur le quai de la gare d’Oloron, le premier train de l’après-midi embarquait encore une petite bande de cyclotouristes…

Le train, levier de développement touristique pour la vallée d’Aspe

Si ce n’est pas sa vocation première, le TER qui s’arrête aujourd’hui à Bedous est utilisé aussi comme outil touristique de la vallée.

Parmi les visiteurs qui ont franchi l’été dernier les portes de l’office du tourisme de Bedous, 1 500 étaient venus en vallée d’Aspe grâce au train. « Nous avons constaté qu’entre son ouverture, le 26 juin, et fin septembre, la ligne a accueilli des excursionnistes », en conclut Régine Casaucau, directrice adjointe de l’office du tourisme du Haut-Béarn qui avait fait le pari de la vocation touristique de ce train. « C’est bien en phase avec l’image de notre territoire qui conjugue déjà la présence du parc national avec le pastoralisme », ajoute-t-elle. C’est ainsi que les responsables du tourisme de la vallée n’ont pas ménagé leurs efforts pour tenter de tirer profit de la nouvelle infrastructure en accompagnant le retour des trains.

Des offres « sans voitures »

Ils ont notamment obtenu de placer l’arrêt de bus d’Accous au niveau de l’ensemble de loisir du skate-park et du Ludopia (espace de jeux). La compagnie de bus s’est, elle, équipée de porte-vélos.

L’office du tourisme développe des offres « sans voitures » avec la complicité des prestataires. Des hébergeurs viennent chercher leurs clients à la gare. Les sorties découvertes géologiques, paysagères et autres randonnées contées sont calées sur les horaires du train. Les randos liberté (séjours sans voitures) sont en cours de labellisation (esprit parc national).

Le train profite au marché

« Nous avons aussi des produits d’autocaristes qui déposent leurs groupes en gare d’Oloron avant de les reprendre à Bedous », indique Régine Casaucau. Cette dernière assistera en novembre en Vendée à l’assemblée générale de l’union nationale des exploitants de chemins de fer touristiques. « Il s’agit pour nous d’échanger avec d’autres territoires traversés par des TER qu’ils ont réussi à transformer en trains touristiques », précise cette dernière.

Le train aspois profite aussi au commerce local, notamment le jeudi, jour de marché. C’est en tout cas l’avis de certains professionnels. « Depuis la réouverture de la ligne, mon marché à Bedous est devenu équivalent à celui d’Oloron », constate par exemple le producteur de légumes bio oloronnais Jean-Emmanuel Constantin. « Cela n’a pas reboosté la vallée comme l’attendaient des grands pontes », tempère cependant le fromager Jean-Léon Penen.

Environ 115 passagers par jour, en moyenne

Par une extrapolation des chiffres partiels (7 mois comptés sur 11) de la fréquentation de la ligne entre juillet 2016 et mai 2017, donnés par les services du conseil régional de Nouvelle Aquitaine, il est possible d’estimer la fréquentation moyenne des trains entre Oloron et Bedous.

Sur les 11 premiers mois d’exploitation, 802 passagers par semaine ont été transportés entre les deux destinations, soit 115 par jour. Ramenés au nombre de trains circulant quotidiennement dans les deux sens (12 en moyenne sur la période), on obtient un nombre moyen proche de la dizaine. Au fil des mois, la fréquentation aurait donc oscillé entre 6 et 15 passagers par train. A noter que le record sur la période correspond au mois de la mise en service : 1 256 voyageurs/semaine en juillet 2016. La plus faible fréquentation a été relevée en janvier 2017 : 514 voyageurs/semaine.

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